Salut l'ami
Alors tu vois, je ne sais pas trop comment commencer cette lettre, je crois que je vais penser très fort à toi et que ça viendra comme ça voudra.
Jules et moi avons appris ta mort mardi matin au petit déjeuner en lisant le journal, chacun de notre côté. Jules est arrivé en me demandant si j'avais lu la rubrique nécrologique, j'ai dit que non, pas encore, il m'a dit que tu étais mort. Il avait la bouche un peu tordue et les yeux plus noirs que d'habitude.
Tu sais bien que nous sommes à un âge où nous procédons par ordre en lisant le journal: d'abord la Une et les grands titres, ensuite la météo au dos pour savoir s'il va pleuvoir et puis la nécro. Jules s'est souvent moqué de moi avec cette manie que j'ai de lire les avis de décès et d'obsèques. Oui mais nous les vivants, on a besoin de savoir si on est tous là, si quelqu'un n'est pas parti entre temps dans le village ou les environs, si tout va bien.
Sur l'avis de décès, j'ai lu ton nom, le prénom de ton épouse, celui de tes enfants, ton village, ton âge, l'heure de ton enterrement, l'après-midi même. C'est donc bien toi. Que fais-tu là, en haut de cette colonne?!
Depuis mardi, je n'y crois pas et je suis entre stupeur et tristesse. On n'a jamais parlé de ça entre nous, ni dans le temps, ni récemment, on n'a jamais évoqué le suicide. On a parlé de maladie, de mort, de la vie, du boulot, de la retraite, de plein de conneries, mais jamais de suicide. On a bu des coups, je t'ai fait découvrir le Tariquet, on a rigolé, évoqué des choses, les enfants qui grandissent, les années qui passent, tes motos anciennes, tes voitures, tout ce qu'on a pu bien rigoler il y a un paquet d'années.
Je t'en veux beaucoup. Un copain a dit que c'était ton choix et que nous devions le respecter. J'imagine qu'il faut aussi respecter le chagrin et la culpabilité de ton épouse, de tes enfants, de ta maman, de tous ceux auxquels tu vas fatalement manquer. Qu'ont-ils fait ou pas pour que ça arrive? C'est cette question qu'ils se poseront désormais ad vitam eternam.
Je pense à ta maman. Je ne sais pas ce que cela fait à une vieille dame de plus de 80 ans de revenir de la messe un dimanche matin et de trouver son fils mort, la tête arrachée par une balle.
Mon ami, je te retrouve bien là, de mourir un 1er avril! Ta dernière farce, toi qui nous a régalés de tes imitations de Bourvil, de tes blagues au fil des ans, de ton rire qui craquait comme une allumette.
Mon ami, il t'en a fallu du courage, ou de la désespérance, pour faire ce geste maudit. Précis, maniaque et ordonné comme tu l'étais lorsqu'il était question de machines ou d'outils, j'imagine que le fusil de chasse était rangé dans sa housse ou au ratelier, propre et lustré, les balles loin pour qu'il n'y ait pas d'accidents. Comment as-tu fait, à quoi as-tu pensé? Aller chercher le fusil, prendre les balles dans le tiroir, en mettre une ou deux, en cas?
A quoi pense l'homme à cette ultime seconde, lorsqu'il pointe le canon sous son menton, Philippe, as-tu revu et pris dans tes bras toute ta vie, as-tu aspiré une grande goûlée d'air ou étais-tu devenu cet automate qui a décidé de son sort dans une pulsion de mort, un dimanche matin, 1er avril 2012?
Tu vas devenir poussière dans la terre de ton cher petit village et la fertiliser pour que chaque printemps refleurisse chaque année. Mon ami, tu rejoins dans mon coeur ceux qui ne sont plus que par le souvenir et nous attendent, peut-être, quelque part.
Mars, et ça repart
Le moins que l'on puisse dire, c'est que je ne suis pas tellement bavarde ces temps-ci: 2 messages en janvier, 3 en février. C'est bizarre, parce que dans ma tête, ça bavarde, ça piaille, ça tournicote, mais ça ne franchit plus le barrage de mes doigts. Ca coince lorsqu'il faut que ça sorte. Alors ça reste dedans et je pense, je réfléchis, je refais tout, seule dans ma tronche. J'aime mieux être seule quand je cogite, parce qu'alors, je ne suis pas un cadeau.
J'aime bien le mois de mars, pour son nom. Cela me fait penser à cette barre chocolatée dont je pourrais me goinfrer des kilos sans jamais être écoeurée. J'ai mangé mon premier Mars à 14 ans, en troisième, je l'avais acheté à la boulangerie en bas de la rue. J'avais soigneusement ouvert et lissé le papier, senti son odeur délicieuse et découpé la barre avec un couteau en petits morceaux, pour en avoir plus longtemps. J'y repense à chaque fois que j'en mange un, même si j'ai l'impression qu'ils ont changé la recette, c'est plus léger et moins collant qu'avant, alors que c'était ça qui était rassurant.
Ma carte d'identité est périmée depuis une bonne quinzaine de jours, le suis-je aussi? C'est fou quand on y pense de devoir refaire un papier tous les 10 ans car l'identité se périme... Faut prouver qu'on est toujours nous! Il ne faut pas sourire sur les photos d'identité, pas de tralalas ni de chichis, pas de bijoux, les oreilles bien dégagées... tout juste si le garde-à-vous n'est pas obligatoire. J'ai demandé une copie intégrale de mon acte de naissance à ma mairie d'origine pour avoir les noms complets de mes parents, c'est obligatoire pour renouveler la carte, pour remplir le formulaire. C'est très con, parce que la lettre est arrivée au courrier de jeudi dernier avec l'entête de la mairie, alors je savais d'où ça venait, mais j'avais le coeur qui battait fort en ouvrant l'enveloppe. En cas que j'y trouve un truc merveilleux ou inconnu ou nouveau.
Je suis née à 23h15, je ne le savais pas et mon père m'a déclarée 2 jours après, à 9h15. Il y a sa signature sur l'acte avec celle de l'officier d'état civil. Il a signé, c'était pour m'en faire chier.
Jeudi après-midi, le jour du courrier, j'ai fumé 2 Lucky Strike coup sur coup l'après-midi, en allant jusqu'au filtre, en tirant dessus jusqu'à l'apnée. J'étais assise en plein soleil, à l'abri des regards, cachée par la haie. Parce que j'ai eu honte de fumer, de sortir dehors avec mon allume-gaz et les clopes serrées dans ma main. J'ai renversé la tête et j'ai aspiré cette chaleur douceureuse, j'ai savouré ce goût de caramel. J'avais la tête qui tournait, j'ai trouvé que je respirais plus vite. En allumant la seconde clope, juste après la première, sans attendre, j'ai un peu pleuré, mais tranquillement, sans bruit et sans peine je crois. J'ai juste senti les larmes couler, de petites larmes sans sanglots, en me trouvant bête quand même d'être chiffonnée par un courrier. Ca n'a pas duré, juste le temps des clopes au soleil, je suis rentrée me laver les dents, les mains, la figure, j'ai trouvé que je sentais la cigarette. Mais si je n'avais pas fumé, si je n'avais pas eu la protection bienfaitrice sur le moment de ces 2 tubes à cancer, j'aurais pu mourir, en une seconde, sur ma chaise au soleil, la poitrine transpercée. Ca allait mieux ensuite, j'ai épluché des légumes pour une soupe et fait des petites quiches pour le soir.
Ce matin au courrier, ma nouvelle carte d'électrice est arrivée. Froidement, il y a marqué mon prénom, mon nom de naissance. A travers la fenêtre transparente de l'enveloppe, j'ai eu du mal à reconnaître ce nom, j'ai cru que la factrice s'était trompée, je n'ai pas l'habitude de ce nom. J'espère qu'ils ne m'appelleront pas comme ça au bureau de vote le mois prochain!
Je refais surface, me revoilà.
Bazar, comme ça fait longtemps que je ne suis pas venue ici, au moins 15 jours, non?? ou peut-être même plus, je ne sais pas.
Je viens de vivre tous ces jours comme ça, en respirant automatiquement, en me disant que tiens! les jours passent et que je ne fais rien, à part les choses comme par réflexe, me laver, faire à manger.
Je n'ai pas beaucoup dormi les nuits, peut-être 3 ou 4 heures profondément, et puis ensuite comme les chats, avec un oeil à demi-ouvert, étendue dans le noir de la chambre, bien au chaud à côté de Jules qui lui non plus ne doit pas dormir du sommeil du juste, je le sens, car il m'entend éveillée, même si je m'applique à respirer comme une dormeuse. On ne dit rien dans le noir mais on écoute l'autre ne pas dormir.
J'ai eu très peur ces 15 derniers jours, entre les radios du poumon. J'ai passé la troisième radio de contrôle lundi 20 février, encore à 14h45; 3 radios, 3 lundis, 3 horaires identiques. La question de ce lundi était simple: oui ou non, restait-il ce petit quelque chose qu'il ne devrait pas y avoir, là, en haut de mon poumon droit? J'ai dit à Jules qu'on allait partir bien en avance, pour qu'on me prenne à l'heure et que pendant ce temps, il pourrait aller boire un coup avec Junior ou faire des courses.
J'étais dans la salle d'attente à 14h40, il y avait une jolie femme enceinte avec un ventre énorme, je n'ai pas osé lui demander pour quand c'était, le bébé, mais elle m'a fait un grand sourire. Sans le savoir, elle m'a donné encore du courage et je suis entrée dans la cabine, je suis désormais une habituée: se mettre le torse nu, coller sa poitrine contre la paroi métallique glaciale, mettre ensuite les mains dans le dos, comme si je portais des menottes. Puis me tourner et offrir mes seins creux et plats au regard de la gentille manipulatrice, lever les bras derrière la tête, me dire que heureusement, je me suis épilée les dessous de bras la veille, ne pas respirer, respirer, se rhabiller, attendre.
Ce lundi-là, ce n'était pas le radiologue habituel, celui qui me dit " Angèle " sans Madame devant. Peut-être qu'il a pris des vacances pour être avec ses enfants s'il en a. J'ai payé à la secrétaire les 25,92 euros pour la radio pendant qu'elle tapait le compte-rendu et elle m'a dit que je pouvais voir le radiologue. En entrant dans la pièce, elle était à moitié dans la pénombre, les stores tirés sur le premier grand soleil depuis des jours. Il ne s'est pas levé de sa chaise, il ne m'a pas dit bonjour, il a juste dit " C'est mieux ".
Au comptoir, la secrétaire a demandé si je n'avais pas de fièvre, elle est retournée voir le radiologue pour lui demander si je devais passer le scanner. J'ai entendu de loin, il a dit " fibrose, médecin généraliste ". Je me suis demandée s'il se foutait de ma gueule, s'il savait lire les radios précédentes, vu qu'on était fin février et que la pneumonie datait de début janvier: heureusement que je n'avais pas de fièvre depuis tout ce temps...
Ils ne se rendent pas compte, parfois, ils ne se doutent pas et pourtant, c'est leur métier, c'est leur quotidien. C'est eux qui disent aux gens s'ils vont bien, s'ils sont malades, si c'est grave, s'ils peuvent être rassurés. Est-ce-que la blouse blanche, le fait de la porter, donne une hauteur supplémentaire, comme si on était sur un escabeau à regarder les microbes de haut? Est-ce-que ça rend con pour certains, tout simplement?
Pendant 15 jours, j'ai attendu, un peu le bras sur le visage, comme un enfant qui échappe aux coups, en me planquant dans ma tête. En me disant que ah oui, moi je suis solide, je n'ai jamais rien eu de cassé, même enfant, que mon corps est bon et en bonne santé, que c'est pour les autres, pas pour moi. Une autruche dans toute sa splendeur. Et après je me suis dit que si ça se trouvait, une grosse tuile allait me tomber sur la tronche et que je n'aurais pas d'autre choix que de faire avec.
En sortant sur le parking, j'ai lu le compte-rendu " épaississement des parois bronchiques, fibrose " et voilà.
Ce n'est pas normal que je sois rentrée à la maison pour me précipiter sur Google et taper ces mots pour savoir ce qu'un radiologue n'a pas été foutu de me dire avec sa bouche, avec des mots simples. Alors quoi, asthme, bronchite chronique, autre chose, je n'en sais rien. Mais je fais la pause avec ça, j'ai pas envie de me prendre la tête encore plus. On va attendre un peu, je me sens bien, je suis en forme, j'en ai ras-le-bol de faire la navette depuis début janvier chez le toubib. Du coup, je n'ai toujours pas pris rendez-vous chez la dermato pour les grains de beauté et ça va attendre aussi. Voir trop de blouses blanches en un temps aussi concentré me stresse, j'en ai marre d'attendre qu'on me dise quelque chose qui ne vient pas et d'avoir la trouille entre temps.
C'était pas mon jour mais on a bien rigolé!
Alors voilà, ce soir, j'ai l'impression d'être comme les vieilles bagnoles qu'on amène chez le garagiste pour une simple révision et auxquelles il faudra presque changer le moteur, tellement c'est tout pourri lorsqu'on regarde dans le détail.
J'ai passé ma radio de contrôle et la gentille secrétaire ne me trouvait pas dans la liste des patients, sa collègue m' ayant casé le rendez-vous vendredi matin dernier. Elle a finalement réussi à m'intercaler entre 2 personnes sans que ça chamboule tout. Voilà tout l'intérêt d'un centre médical flambant neuf et superéquipé dans un gros village de campagne, on se croirait presque à la maison:).
J'ai montré mes poupoux de face, de dos et de profil à la manipulatrice et je me suis rhabillée. Quand le radiologue a crié " Madame Angèle!! ", j'ai galopé pour retrouver mon gentil radiologue de l'autre jour, tout souriant de me dire que " l'infection était partie, ah ces saletés de bactéries, ce sont les éboueurs du corps, bon, je dicte le compte-rendu, tout va bien " et je suis repartie dans la salle d'attente bien contente quand même, jusqu'à entendre le radiologue crier de nouveau, mais simplement " Angèle?! " sans le Madame devant.
J'aime pas trop lorsqu'une blouse blanche appelle un patient par son prénom, ça introduit une certaine familiarité qui voudrait adoucir la phrase ou nous prendre par les épaules.
Le radiologue ne souriait plus autant et m'a dit qu' en fin de compte, il y avait un petit truc en haut qu'il n'aimait pas tellement et que je referais une autre radio de contrôle dans 15 jours et que si ça y était encore, je passerais un scanner, mais que c'était certainement un peu de résidus.
J'ai regalopé jusque chez ma généraliste où il m'est arrivé un truc assez étrange auquel je pense encore. Il y avait un monsieur du village dans la salle d'attente, on a discuté, et une jeune femme est arrivée avec un petit garçon. Elle m'a dit bonjour avec un grand sourire. C' était au tour du monsieur et à peine il est entré dans le cabinet de la toubib, la jeune femme a commencé à me parler très amicalement. Bref, au bout de 20 minutes, on rigolait toutes les deux en discutant comme des copines, c'est la première fois que ça m'arrive avec une personne inconnue. Quand ça a été mon tour, elle m'a souhaité bon courage et je lui ai dis à bientôt, alors que je ne sais pas du tout qui c'est!
J'ai fait le résumé de l'épisode radio à la toubib et elle a voulu écouter tout ça avec son stéthoscope et c'est là qu'on a bien rigolé! Comme j'ai coupé mes cheveux depuis le dernier rendez-vous, elle voit plus mon dos et m'a demandé: " Mais c'est quoi ces 2 grains de beauté, ça va pas du tout, celui-là avec 2 couleurs, j'aime pas ça! ".
Alors là, j'ai pas pu m'empêcher, mais je suis partie dans un fou rire incroyable, certainement un peu nerveux, mais j'étais assez réjouie en fin de compte de l'absurdité de ma journée! Je lui ai dit que c'était ma fête vraiment, que c'était pas ma journée et que 2012, ça allait pas être mon année, je le sentais. La toubib a commencé à rigoler aussi et on s'est gondolées comme 2 baleines, je lui ai dit que c'était assez dingue entre l'autre avec son truc sur le poumon et le scanner et maintenant elle avec mes grains de beauté tordus, ça fait beaucoup en 2 heures de temps.
Je vais être débordée avec la médecine en 2012 et je vais agrandir le trou de la sécu, au moins, on saura de qui ça vient:))
Rien à dire
Premier message du mois de février, pour ne pas dire grand-chose.
Trente-deux jours sans cigarette. Ah non, la menteuse! Le week-end dernier, nous étions vers Aix-en-Provence, où Jules et son groupe jouaient. Vers 23 heures, c'était Superphénix dans la loge, ça crapotait dans tous les sens. J'ai eu une envie terrible, j'ai pris une Lucky Strike à un gars; ça m'a fait tout bizarre d'avoir ça entre les doigts, je l'ai allumée et c'était la meilleure cigarette de ma vie. C'est d'ailleurs la première fois je crois que j'ai pris autant de plaisir à fumer, un vrai délice, une dégustation taffe par taffe, sans parler à personne, les yeux dans le vague. Je n'ai pas eu besoin de refumer depuis. Envie oui, mais pas besoin. C'était une pulsion, un truc irrépressible. Lundi, je passe la radio pour voir si tout va bien dans mon poumon.
Est-ce-que je vais continuer longtemps à compter les jours sans?! J'ai l'impression de faire un sale décompte, je n'aime pas ça. J'aime pas non plus ceux qui me disent que je vais craquer, que je vais refumer, que je ne tiendrais pas... Ca montre encore une fois que les gens sont d'une bêtise crasse. Qu'est-ce-que ça peut bien leur faire?
Sinon, nous devons aller déjeuner chez la soeur à Jules dimanche prochain. Je vais devoir aller acheter des fleurs la veille, penser à ma tenue, à celle de Junior, sans joie, sans envie. Que croit-elle? Qu'elle peut avec un déjeuner ré-unir des gens qui de famille n'ont plus que le nom en commun? Elle m'a téléphoné aujourd'hui, car elle avait " besoin de ma complicité pour préparer une surprise pour dimanche prochain ": réserver le centre de balnéothérapie pour nous, de 18 à 20 heures. Elle m'a demandé mon avis, j'ai été obligée de lui rappeler que ses 2 frères n'aimaient pas tellement l'eau, que D. en était même phobique, elle m'a répondu qu'il " fallait prendre sur soi ". Je ne pouvais pas lui dire qu'elle me faisait chier avec ses idées à la con, que ça me gonflerait grave s'il fallait passer le dimanche après-midi au golf après son déjeuner prout-prout. Je n'aime pas son pognon, je n'ai pas aimé qu'elle offre une montre à plus de 100 euros (!!!) à Junior pour ses 10 ans, j'ai pas envie de tremper mon cul dans l'eau chaude dans " un endroit qu'elle adore car elle y va toutes les semaines ".
Est-ce-que oui ou non, ça existe, les familles simples, où l'amour partagé est un facteur commun? Ou faudra tout le temps se faire chier hypocritement, sans dire merde aux gens à cause de la bienséance?!
Quelques pas en avant
J'ai coupé mes cheveux.
Vendredi soir, j'ai accompagné Junior à son rendez-vous chez la coiffeuse du village et au moment de payer, j'ai dit que moi aussi je voulais un rendez-vous. Que moi aussi, je voulais couper mes cheveux.
Je connais cette coiffeuse depuis 1987; à l'époque, elle avait 11 ans et était en sixième. J'en avais 24, j'étais sa pionne au collège et j'étais déjà Angèle aux cheveux longs. Une frange, des cheveux longs, longs, longs, raides et presque noirs.
Quand j'ai dit que je voulais couper mes cheveux, elle a comme arrêté de respirer dans son salon vert pomme et marron et m'a dit que je pouvais venir quand je le voulais. J'ai choisi lundi, à 15h30, cela faisait plusieurs mois que j'y pensais, depuis cet été je crois. En attendant mon tour, j'étais crispée, j'avais comme envie de pleurer; en plein shampooing, je me suis dit que j'allais partir comme ça, la tête mouillée et pas démêlée, avec cette espèce de cape noire sur les épaules, comme une sorcière qui échappe au bourreau.
C'est fait, j'ai laissé une trentaine de centimètres par terre, des mèches raides et brunes, tombées en vrac sur le carrelage vert pomme lui aussi. En les regardant, j'ai pensé que j'aurais pu en faire un pinceau ou quelque chose de doux à me passer sur la joue. Ca m'a fait mal au coeur de savoir qu'on allait les balayer et les mettre à la poubelle avec d'autres cheveux anonymes, mais ça ne se fait pas de repartir avec ses cheveux dans un sac.
Je n'aime pas aller chez la coiffeuse, je n'aime pas ces trucs de fille. Je n'ai rien à raconter comme potins, je n'aime pas les odeurs de parfums, shampooing et diverses crèmes mélangées. Je suis moche avec les cheveux mouillés et peignés à la va-vite en arrière en attendant mon tour, je n'aime pas cette musique d'ambiance molle et sucrée, ce décor avec des guirlandes, les petites lumières en néon qui me font paraître encore plus jaune.
J'ai traversé la place à pied pour rentrer à la maison, avec ma tête moins lourde, je me suis sentie moderne, oui voilà, c'est le mot. Il faisait froid mais avec un ciel bleu d'hiver et en marchant vite, j'avais l'impression d'être une conquérante, une femme jeune avec ses cheveux dégradés dans le vent. La place était pleine de voitures, il y avait un enterrement,un gars du village mort d'une crise cardiaque. J'ai pensé à lui, je me suis dit que j'allais me souvenir du jour de son enterrement, le jour où je me suis trouvée moderne et conquérante...
Une fois à la maison, Jules m'a dit mine de rien: " Oh bah ça va, elle a pas trop coupé, il en reste ". Oui, il en reste, jusque dans le milieu du dos. J'y retournerais lorsqu'ils auront tous repoussés, aussi longs qu'avant. Il ne faut pas trop changer trop souvent, ce n'est pas bien, cela inquiète tout le monde.
Treizième jour aujourd'hui sans cigarette. Incroyable mais vrai. Je tousse encore, d'une façon profonde et lointaine, mais je dors enfin la nuit, depuis 2 nuits. J'ai une petite mine, des cernes un peu noirs, l'air fatigué. J'ai essayé de respirer à fond, dehors sur le perron de la cuisine, mais il y a comme une barre, cela s'arrête.
Est-ce-que je suis une ex-fumeuse, une non-fumeuse ou quelqu'un qui n'a pas pas fumé depuis 13 jours? Je ne veux pas penser que j'ai changé de camp, car cela m'amène de la peine. Certains fumeurs me disent " Alors, tu vas arrêter, maintenant!? ", comme si ce n'était pas ça que je faisais depuis 13 jours. D'autres me disent que je vais reprendre. Une seule femme m'a dit que j'allais voir, que c'était génial, la vie sans clope. Jules ne dit rien, mais fume surtout le soir et pas sous mon nez. Parfois dans la journée, je donnerais tout pour une clope; allumer une Lucky Strike, souffler sur le bout, prendre réellement le temps de la savourer. En même temps, je voudrais mettre des baskets plus tard et aller courir dehors, lorsqu'il fera beau au printemps.
Mais moi, je suis sans volonté, je ne sais pas faire à moitié, je n'ai jamais su. Je ne peux pas faire " un peu ": je dois faire beaucoup, ou pas du tout. Je ne peux pas fumer 1 seule cigarette. Alors j'en fume 0 en ce moment mais j'imagine, j'essaie de me rappeler le goût dans la bouche, j'ai l'impression d'oublier et ça m'attriste. Peut-on oublier aussi vite presque 30 ans de vie commune?
Je suis malade
Je devrais être au lit (d'ailleurs j'y file juste après), mais comme 2012 débute fort ici, je suis malade, j'ai une pneumonie.
Depuis jeudi soir, je suis pleine de fièvre, de frissons, j'ai les jambes comme du pâté de foie et surtout, je tousse sans répit. Ca a commencé par l'oreille gauche infectée (abcès), puis l'oeil gauche pour finir dans les poumons.
J'ai donc consulté la toubib en début d'après-midi (il n'y a pas de toubib ici le WE, c'est le Samu ou les pompiers et de toute façon, j'étais bien trop faible samedi et dimanche pour me bouger). Rien qu'avec le sthétoscope, elle a entendu un truc bizarre et a décroché le téléphone pour m'envoyer passer une radio en suivant, ce qui a confirmé son diagnostic: pneumonie.
J'ai une soixantaine de cachets d'antibios à prendre et ensuite, il faudra refaire une radio des poumons; c'est le droit qui pose problème, le gauche est nickel.
Je n'ai pas fumé depuis vendredi soir. Le radiologue a été très gentil et m'a dit que parfois, les bactéries étaient nos amies; qu'elles sonnaient l'alarme dans notre corps en quelque sorte, et que oui, ce serait bien pour mon poumon si je ne refumais pas. Il m'a dit que j'allais éliminer les toxines des réveillons, que mon corps allait cracher, rejeter, que j'allais maigrir, avoir de la fièvre mais pour être mieux ensuite.
Je vais aller me coucher, sans espérer trop dormir, car je dois me mettre à moitié assise, c'est épouvantable cette toux. La nuit dernière, j'ai toussé sans arrêt et j'avais froid, avec la fièvre. Quand je tousse, ça claque, on dirait un coup de fouet! Je ne peux pas embrasser Junior ni Jules, alors je leur serre la main, j'ai mis un petit foulard comme un masque devant ma bouche. J'ai pas faim non plus, je bois de la soupe très chaude et du thé, beaucoup de thé très sucré!
A force de tousser, je me suis fait pipi dessus, comme une vieille. On est peu de choses quand même...
Pas trop le moral
J'ai fait le pied de grue pendant 2 heures 15 chez le toubib aujourd'hui pour Junior qui continue de tousser, sans fièvre, sans crachats qui sortent, sans nez qui coule, apparemment sans rien aux poumons à l'examen (" les poumons sont clairs "), mais avec la mine blanche et des cernes violettes.
Il a perdu 1,5 kg en 2 jours et n'a pas trop d'appétit. Il est fatigué.
Après examen, le toubib m'a demandé s'il avait déjà eu de l'asthme, ou si quelqu'un dans la famille en avait, j'ai dit que non. D'après lui, c'est allergique, nous sommes ressortis avec un traitement de 10 jours pour de l'asthme.
Je suis inquiète et je n'ai pas beaucoup le moral ce soir.
Les 4 premières années de sa vie, Junior a été soigné pour des polyallergies qui l'empêchaient de manger, de vivre normalement. Il a été désensibilisé de ses 18 mois à ses 3 ans pour son allergie aux acariens qui lui provoquait de violentes crises d'eczéma. Avant chaque repas, il devait prendre une ampoule pour pouvoir manger normalement, étant allergique à une multitude d'aliments, y compris les sirops qu'on met dans l'eau, les fruits, le chocolat, je ne peux pas tout citer! C'est rigolo, dans la liste, il n'était pas allergique ni aux bulots, ni aux kiwis...
J'ai du le laver avec des produits spéciaux, chers et non remboursés, faire attention à tout, même à la simple savonnette pour se laver les mains, programmer 5 rinçages à la machine à laver le linge, etc..., toujours préparer ses repas pour lui donner le moins possible d'aliments préparés, mais comment refuser toujours une gourmandise à un enfant?
A 3 ans, il a fait de l'eczéma sur le ventre, il s'est gratté, la plaie s'est infectée, il a choppé un staphylocoque doré. Il a été soigné par pénicilline qui a provoqué plus tard des taches indélébiles sur ses dents définitives et qu'il faudra recouvrir dans quelques années d'un composite cher.
Quand il est entré à la maternelle à 4 ans, je n'avais qu'une trouille, qu'on lui pinturlure le visage et qu'il rentre avec le visage enflé et rouge.
A 6 ans, sa varicelle a été une horreur, les 2 toubibs du village n'avaient jamais vu ça sur un enfant, il a manqué l'école 15 jours, ne pouvait plus marcher, avait des boutons plein les yeux et sous la plante des pieds. Je le lavais à l'eau d'Avène en bombe et le tamponnais avec du coton pour l'essuyer, c'était affreux comme il avait mal. Quand les boutons ont tourné en croutes, je les ramassais à la pelle après chaque déshabillage.
Ce soir, je n'ai pas trop le moral, car ses allergies s'étaient mises en veilleuse au fur et à mesure qu'il grandissait et je pensais qu'il allait être tranquille. Je ne m'attendais pas à ce que cela provoque de l'asthme. Je ne sais pas quel allergène est responsable, les chats, la poussière, l'humidité, un aliment qu'il a mangé dernièrement???
Je culpabilise beaucoup, car je suis moi-même polyallergique et c'est moi qui lui ai transmis tout ça.
J'aimerais tellement qu'il aille mieux!
La loi de l'emmerdement maximal
J'espère que les jours à venir seront plus calmes et plus doux, car les emmerdes n'arrêtent pas depuis hier.
J'ai commandé des BD de Captain Biceps pour Junior chez Amazon avec livraison assurée mercredi 21 par Chronopost. J'ai donc fait le pied de grue à la maison hier, osant à peine aller faire pipi, pour guetter le livreur, tandis que Jules faisait des courses en ville et que Junior était chez un copain.
Comme il pleuvait (pour changer), je me suis installée au canapé pour regarder des conneries de Noël à la télé et j'ai allumé ma lampe Berger pour que ça sente bon. C'est mon seul luxe, je ne l'allume que l'hiver pour que la salle-à-manger sente les épices, la vanille, l'orange... (en ce moment, c'est " pain d'épices à l'orange " et ça sent divinement bon!). C'est un cadeau de Jules un peu ancien et le brûleur fait des siennes, je dois donc vérifier en me penchant au-dessus voir si c'est chaud et donc allumé. Je ne sais pas pourquoi, hier après-midi, je me suis penchée plus que d'habitude et j'ai posé ma joue gauche sur le brûleur. Je suis donc cramée sur la joue, un beau rond bien net et noir que j'ai du mal à dissimuler sous de l'anti-cerne.
Mercredi soir, je regarde sur le net le suivi de mon colis Chronopost qui indique " colis livré en boîte aux lettres à 15h11 ", heure à laquelle je me faisais fondre la figure. Il n'y a rien dans la boîte évidemment, un gros carton n'y rentrerait pas et je ne sais pas où sont les BD. Et Chronopost est injoignable au téléphone.
Aujourd'hui, nous avions rendez-vous à 15h en ville chez l'orthodontiste du centre mutualiste pour voir si Junior a besoin de bagues dentaires. Nous partons bien à l'avance avec ma voiture, on roule impecable sur l'autoroute, quand à la sortie, dans une zone perpétuellement en travaux (ils y installent une zone commerciale qui va générer des centaines d'emplois, mon oeil, du pognon surtout!), plus rien à la voiture, comme si on avait coupé le contact. Miracle, on se gare en catastrophe sur une voie de chantier, en plein virage et sous un pont. J'essaie de téléphoner à mon beau-frère qui bosse en ville dans un contrôle technique, pas de réponse. Je téléphone à sa compagne chez lui, elle me dit qu'il a oublié son portable le matin même et qu'elle n'a pas son téléphone du boulot sous la main, mais qu'elle essaie de le contacter. J'appelle aussi l'ortho pour dire qu'on sera en retard du RV pris il y a 2 mois, je mets le triangle orange derrière la bagnole, place Junior loin de la route sur la voie de chantier et Jules décide de partir en courant jusqu'au boulot de son frère.
Il en revient 30 minutes plus tard avec la voiture de son frère, on part en catastrophe chez l'ortho. Là, elle nous dit que oui, il faut des bagues, parce que Junior a un vilain décalage de chaque côté de 1 cm, j'étais d'ailleurs ahurie de voir ça et qu'avec la croissance, il aura un menton en galoche (d'ailleurs, ça a déjà commencé, mais elle dit que c'est normal que je n'ai rien vu, parce que les mamans ne voient jamais ça).
Seule bonne nouvelle, les tarifs sont les moins chers de la région, parce que c'est un centre mutualiste, ah ah!
Nous ramenons la voiture à mon beau-frère (celle qui roule) et il repart avec Jules voir ce que ça pourrait être. Re-attente de 30 minutes et ils reviennent en tractant ma voiture (diagnostic fait, c'est la bobine d'allumage qui est foutue et donc c'est pas trop cher, OUF).
Ce soir, j'allume la cafetière pendant que nous finissons de dîner et à un moment, nous entendons comme une explosion dans la cuisine. Le fond de la verseuse en verre a simplement explosé pendant que le café passait, tapissant tout le mur, coulant dans les tiroirs, derrière le meuble, il y en avait partout.
Demain, nous devons rebouger du coup pour acheter la bouffe pour le réveillon. J'espère qu'on n'aura pas de nouvelles galères!
Les jours en vrac
Samedi après-midi, il fallait avoir beaucoup d'imagination pour se dire que oui, on était à 15 jours de Noël. Le ciel était si bleu, pas un souffle de vent et le soleil cognait tellement fort que je n'ai même pas pu faire de photos de l'éclipse de lune visible vers 15h. Juste pris une photo sans réfléchir, en me tournant pour ne pas être éblouie. Du bleu, du bleu et encore du bleu!
Du coup, j'ai tondu l'herbe. C'est la première fois que ça m'arrive à cette époque. Normalement, elle doit être un peu craquante dans les endroits à l'ombre et surtout, elle ne devrait pas pousser autant! C'était à peine humide, les pissenlits étaient énormes, les chats vautrés comme des lézards sur les marches du perron, une vraie vision de début avril, lorsque les matins et les soirées sont fraîches mais que le soleil pique l'après-midi.
J'étais en bottes en caoutchouc, mais j'ai fini en tee-shirt, les bras nus et la sueur sur le front, avec la vision du linge à peine étendu et déjà presque sec et le pia-pia un peu plus loin des oiseaux.
Dans les pots, la nature continue à n'en faire qu'à sa tête, en se moquant bien du calendrier. Quelques fleurs dans les fraisiers, des fraises rougisseantes, une gueule de loup qui reprend vie...
Dimanche après-midi, un ciel couvert mais un peu de vent du Sud. Nous somme sortis, les gars ont joué à la pelote, j'en ai profité pour tournoyer sur mes patins! Evidemment, je me sens beaucoup plus maladroite que lorsque j'avais 10 ans, mais je retrouve le plaisir des patins à roulette. Sont beaux, mes patins, cadeau inattendu de mon mari pour la dernière fête des mères, comme quoi on s'en fout de l'âge pour s'amuser! Enfin, on devrait!
Il me tarde les vacances scolaires, plus que 3 jours à tenir. Junior a une petite mine, le museau tout blanc et l'air fatigué. Un peu marre de rythmer le quotidien par " Dépêche-toi de faire tes devoirs, dépêche-toi de prendre ta douche, t'as fait ton sac de 12 kilos pour demain, viiite ". Dire qu'il en a encore pour 50 ans à se dépêcher, quand on y pense, on est là pour courir. Après quoi?
Hier soir, je lui ai fait réviser sa chimie et son histoire pour 2 contrôles aujourd'hui. Pourquoi faut-il employer des termes compliqués pour dire que l'eau et l'huile ne se mélangent pas, que le sucre fond dans l'eau, que l'eau s'évapore à la chaleur?
Pour le Moyen Age et ses histoires de grands seigneurs et de paysans, je lui ai dis de penser à une pyramide, à la France, à notre quotidien. Que les petits sont en bas, que les grands sont en haut, qu'ils prennent des taxes, des impôts, qu'ils commandent en nous jetant des miettes. Je ne me souvenais pas que les banalités, en ce temps, c'était des corvées et des taxes que les paysans devaient au seigneur.
J'aimerais qu'il neige pour Noël, me réveiller un matin et voir tout ce blanc en ouvrant les volets. Mettre de gros pulls dans le château sans chauffage central et surtout sortir pour marcher dans la neige. La neige, ici, on ne la voit jamais, une journée au plus et elle ne reste pas.Qu'il y en ait assez pour que cela ralentisse le temps, les gens, qu'on savoure un peu l'instant présent et ne pas être déjà au lendemain. Et faire de gros bonhommes de neige dans la cour!





